Santo Antonio 1999-2009-2019

C’est en 1994, lors d’une promenade le long d’une plage déserte du littoral nord de l’État de Bahia, que j’ai découvert, accompagnée de mon ami Roberto, le village de pêcheurs de Santo Antonio. Cachée derrière les dunes, cette communauté d’une quarantaine d’habitants vivait alors en quasi-autarcie, hors du temps et du monde.

Touchée par ce lieu et par ses habitants, j’y suis retournée chaque année. En 1999, j’y ai installé un studio photographique rudimentaire afin de réaliser une première série de portraits. Ces images révèlent une communauté de fortes personnalités, profondément enracinées dans leur territoire.

Dix ans plus tard, en 2009, le village a connu une transformation majeure : accès à l’eau courante, à l’électricité, à l’éducation, à la télévision et à Internet. J’ai alors photographié à nouveau les mêmes personnes, dans la même pose, afin de saisir ce que le temps et la modernité avaient transformé — ou laissé intact.

En 2019, un troisième volet est venu compléter ce travail au long cours. Certains visages avaient disparu, d’autres étaient nés. Les portraits forment désormais une généalogie en images, composée de portraits individuels, familiaux, de diptyques et de triptyques : des enfants devenus adultes, parfois parents à leur tour.

Ce projet est avant tout un hommage à la communauté de Santo Antonio. Il constitue aussi un témoignage sensible de l’évolution des villages de pêcheurs brésiliens et une réflexion sur la mémoire, la transmission et le pouvoir du portrait photographique. Des extraits de témoignages des habitants accompagnent les images, donnant voix à leur histoire, à leur regard sur le passé et à leurs aspirations pour l’avenir.